Le temps passe plutôt vite. Il y a quelques années rédiger un papier à propos des vendanges en Wallonie aurait suscité au mieux un rictus condescendant, au pire une remarque désagréable de la part d’un rédacteur en chef. Aujourd’hui, comme vous le constatez, les choses ont bien changé.

2018, 19, 20 ; les années se succèdent et se ressemblent même s’il y a de fortes nuances. Des étés longs, chauds, plutôt secs, mais pas trop ; en résumé : la nature se montre plutôt bonne fille vis à vis des viticulteurs. Si en 2018 en plus de conditions sanitaires remarquables il y avait une quantité exceptionnelle, les années suivantes, si elles sont restées dans le domaine de l’exceptionnel au niveau météorologique, sont revenues à un rendement plus « habituel ».

Oui, habituel entre parenthèses, parce que le « comme d’habitude » n’existe pas encore chez nous. Nous manquons de recul, et, il faut bien le souligner, même si l’activité progresse sans cesse, elle est encore un peu trop petite et disparate que pour pouvoir se construire des moyennes fiables. C’est encore un peu du coup par coup.

En 2020, la nature s’est mise en branle très tôt, la sève s’est ruée à l’assaut des plantes avec deux à trois semaines, parfois, d’avance. L’hiver plutôt clément a favorisé un bourgeonnement rapide et une floraison cohérente dans la foulée. Pas trop de pluie ni d’épisodes météo calamiteux, tout roulait pour nous présenter une année à la fois très précoce, dans un bon état sanitaire et en belle quantité. Oui mais, la nature est toujours plus forte que les hommes, et nous avons tendance à oublier parfois les éphémérides des anciens. Les Saint de Glace n’ont jamais aussi bien porté leurs noms. Les saints de Glace sont les jours de la St Mamert (11 mai), St Pancrace (12 mai) et St Servais (13 mai).

Mais il ne faut pas se précipiter car : « Quand la saint Urbain est passée, le vigneron est rassuré » et « Mamert, Pancrace, Boniface sont les trois saints de glaces, mais saint Urbain les tient tous dans sa main. » C’est le 25 mai ! En 2020 bingo, les gelées tardives ont impacté quelques domaines. De manière plus ou moins fortes.

Ces gelées sont une vraie difficulté pour les vignerons septentrionaux, ce qui est le cas des wallons même dans cette période de réchauffement climatique. Les parcelles les plus gélives ont été surveillées comme le lait sur le feu par les producteurs. Les fleurs ou les bourgeons gelés, c’est toujours une catastrophe économique, d’une part, mais en plus cela peut mettre en réel danger la survie de la plante.

La vigne Vitis-viniféra, celle qui donne des raisins dont on fait du vin, fait partie de la famille des ampélidaes, c’est même carrément une liliacée, mais elle n’en demeure pas moins fragile. Donc il a fallu lutter ou parier, ou croiser les doigts.

Pour lutter les moyens sont simples, soit des bougies, dont le cout est important et l’efficacité relative. Du moins s’il s’agit de gelées noires. On peut aussi, comme au domaine des Agaises, installer des tours anti-gel au milieu des vignes afin de brasser les couches d’air et empêcher la température moyenne de chuter trop vertigineusement. Mais ce n’est toujours pas la panacée universelle. Il reste l’idée de bruler des bottes de paille humide à point du jour. C’est en effet au moment où le soleil se lève qu’il fait le plus froid, et en créant ce genre de brouillard artificiel, on retarde l’exposition des vignes aux rayons du soleil qui, lorsque les fumées se dissiperont, seront suffisamment chauds pour ne pas occasionner de dégâts. Mais cela reste fort aléatoire. Reste la dernière méthode : croiser les doigts en espérant que cela ne « crame » pas trop. Chez nous toutes les manières ont cours, et les résultats sont aussi variables que l’efficacité des méthodes.

Le printemps s’est ensuite déroulé tranquillement sauf pour quelques un qui ont eu un peu chaud suite à des attaques de mildiou, mais la sécheresse et la chaleur ont bien aidé.

A l’heure de rédiger ces lignes, le 23 septembre, toutes les vendanges sont loin d’être achevées. Certains domaines, tel Les Agaises, terminent, et d’autres n’ont pas encore commencé. Les variables sont très nombreux : les variétés, les natures de sol, les expositions, les vins à réaliser. Pour un effervescent, il faut ramasser a des degrés plutôt bas, vers 10/11%Vol afin de pouvoir refermenter en bouteille sans trop de difficultés techniques. Pour les vins tranquilles on cherche plus de maturité et à Bousval, par exemple, rien n’a encore été ramassé. Au Vin de Liège, à Heure le Romain on commence, au domaine de la Bouhouille à Blégny ce sera dans trois jours…

La viticulture n’est jamais une science exacte, il s’agit d’interpréter les signaux de la nature et surtout d’à la fois suivre et anticiper. La maturité parfaite est souvent une partie de poker entre le climat, les baies et le vigneron. Un jour de trop et c’est loupé, un orage brutal qui survient, un champignon qui se développe, la réussite ne tient qu’à un fil.

Ce n’est pas ce qui justifie totalement le prix d’une bouteille mais c’en est une bonne partie l’air de rien.

Sachez aussi, qu’a moins de conditions désastreuses, ce n’est pas juste la météo qui détermine la qualité d’un millésime. C’est un tas de facteurs, le sol, le sous-sol, la météo, l’exposition, les variétés de vignes et le vigneron. Il ou elle est le plus important des éléments en fait. C’est ce que l’on nomme le terroir. On oublie toujours que l’élément fondamental de ce terroir est l’humain.

Un vrai crétin ne fera jamais un grand vin, même en cas de miracle. C’est pour cela qu’il est important de rencontrer les viticulteurs. En Wallonie ils ne sont jamais loin de chez nous, découvrez-les, rencontrez-les, goutez leurs vins et parlez-en autour de vous, ils le méritent.

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