dans Le vin

Je vous rassure, non, je n’ai pas complètement viré ma cuti, je n’ai pas déménagé à Maransart, je n’ai pas acheté de pantalon rouille, ma voiture n’est toujours pas une berline germaine, je n’ai toujours pas le temps de tenter de jouer au golf avec un pull en cachemire jaune canari sur les épaules et je n’ai pas l’intention de passer la totalité de mes week-ends à vouloir devenir membre émérite des amis du Zoute.

Mes bourgeois gagnent à vieillir un peu, et ne sortent pas de chez la Montalant. Même si parfois ils accompagnent à merveille les cochonnailles ou/et les cochonneries, ils ne sont pas non plus comme nos amis à la queue en tire-bouchon en prenant de l’âge.

 

Non, mes bourgeois à moi n’en sont qu’à une toute petite décennie d’existence sous leur apparence actuelle, ils fêtent leur huitième édition autour du millésime 2015, quand la première en 2009 mettait en avant les 2007.

 

Il y a quelques jours à Bruxelles, avait lieu la présentation à la presse de cette nouvelle palanquée. Les Crus Bourgeois du Médoc, représentés par leur président Olivier Cuvelier, un homme étonnant par rapport à l’idée que l’on pourrait se faire des propriétaires médocains, car il parle vrai, clair, sans langue de bois (chauffe M+, Seguin-Moreau, Allier, en général) ni ce verbiage inutile si courant chez nos amis hexagonaux.  L’homme est carré et ouvert. En quelques mots, il raconte la Genèse de la chose, mais il n’évite pas les enjeux économiques liés à la communication et à une certaine clarification du « label ».

 

C’est que les Crus Bourgeois, en chiffre, ça peut filer des angoisses aux plus solides. Tenez, c’est plus ou moins 271 propriétés, 32 millions de flacons, soit une surface de presque 5000 hectares de vignes (4940 précisément) soit pas loin d’un tiers de la surface totale du vignoble médocain. Même si les quantités mises en marché chaque année sont bien entendu variables, les Crus Bourgeois du Médoc sont un acteur quasi fondamental du marché. Mais, car nous sommes dans une histoire française, il y a forcément un mais, la mention ne satisfait pas tout le monde. Le prix d’ensemble est tiré vers le bas, et, il faut bien en être conscient, sur de tels volumes et une telle diversité d’appellation et de style, il y a une hétérogénéité qui prête à confusion. Le vin est un produit complexe en soi, mais si on ajoute à la nomenclature officielle une mention unique où il y a de très nombreuses variantes, c’est la chienlit tôt ou tard.

 

Le marché du vin, je vous le fais très très court, est en profonde mutation, mais il ne s’agit pas d’un mouvement linéaire et régulier. Il y a de sacrés à coups, des allers et des retours, même s’il y a peu de baisses par rapport aux hausses, la nature a son mot à dire et, par exemple, sur les 4 millésimes précédents, soit 11, 12, 13, 14 la perte de volume moyen équivaut à une récolte totale. Ce qui est fort embêtant. Ajoutez à cela les lois anti-corruption en Chine, le Brexit et j’en passe et des meilleures, il faut donc rendre les choses plus compréhensibles même si elles ne seront pas forcément plus claires au départ si l’on veut pérenniser les positions actuelles et les améliorer régulièrement.

 

La fin de la monogamie :

Les crus bourgeois vont muter, s’inscrire un peu plus dans la durée et ne plus être jugés autour du dernier millésime mis en bouteilles, mais bien sur 5 années.

Les vins seront dégustés à l’aveugle, ce qu’ils sont déjà. Oui, je sais, ça pourrait paraître normal, mais n’oubliez jamais que le vin est un produit agricole, et, même si les campagnes sont très travaillées en surface par les hommes, ces mêmes hommes ne se vouent pas que de l’amour. C’est un business, pas le pays des bisounours hein. Et la dégustation à l’aveugle a quelque chose d’un peu angoissant pour certaines propriétés à la notoriété, parfois, vacillante. Dans d’autres classements il n’est pas question d’anonymat, ce qui fout un sacré bordel l’air de rien, mais c’est une autre histoire.

Dans un même temps, il y aura au travers des ces 5 millésimes dégustés, une recherche de constance, et, et là cela vaut le coup de se le mettre en mémoire quelque part, une recherche sur les capacités de vieillissement.

 

Et si ce mini argument annonçait une tendance de fond ? Si on se remettait à penser le vin autrement, légèrement autrement ? Si au lieu de se soumettre aux dictats culturels anglo-saxons qui veulent majoritairement des vins immédiats, une certaine partie de la production, bordelaise entre autres, retravaillait des vins à boire un peu plus longtemps ? Nooooon, on reste calme, vous ne trouverez pas, plus jamais de vins à 12 € conçus pour tenir le coup jusqu’au mariage de votre petite dernière qui vient de naître. Les miracles, quand ils ont lieu, se passent un poil plus au Sud, vers les Pyrénées.

 

Bref, d’ici peu, nous serons confrontés à trois niveau de crus bourgeois : les crus bourgeois, les crus bourgeois supérieurs et les crus bourgeois exceptionnels. Au départ rien de nouveau sous le soleil, on en parlait déjà presque dans les mêmes termes en…1855.

 

Dans la version contemporaine, il sera même tenu compte, dans le dossier d’éligibilité, des capacités oenotouristiques des domaines. Oui, je sais, c’est dingue, si même Bordeaux se met à penser développement de l’oeno-tourisme dans les propriétés, le monde est vraiment en mutation. On croise les doigts : c’est possible.

Il faut reconnaître que le boum incroyable du tourisme vinicole dans la région suite à la rénovation magnifique des quais et d’une partie de la ville de Bordeaux ainsi que l’ouverture de ce sublime objet de promotion qu’est « La cité du Vin » a un impact aussi au niveau des propriétés. Celles qui le comprennent se mettent à vendre en direct, réalisant ainsi qu’elles maîtrisent un peu mieux leurs ventes et qu’elles sont moins soumises aux caprices éventuels des marchés…Mais bon, il me reste quelques années devant moi pour vous entretenir de ces choses, je ne vais pas tout écrire le même jour.

Pour en revenir aux 2015, lors de cette dégustation à la presse, parmi les vins proposés aux fourches caudines des dégustateurs, soit 27 échantillons, j’ai relevé trois vins qui m’ont particulièrement titillés. Pour les prix de vente chez nous et les distributeurs, je vous invite à contacter directement les domaines lorsqu’ils ne sont pas communiqués.

 

Château Noaillac, Médoc, 2015

www.noaillac.com

noaillac@noaillac.com

Tel +33 (0)5 56 09 52 20

Tout en finesse, tourné sur le fruit, même après 12 mois de barriques le bois n’est pas lourd, il souligne. Les tannins sont bien mûrs, arrondis sans être de l’extrait de chewing-gum. Bref, c’est bien foutu et équilibré. À boire dans les 5/7 ans

 

Château Peyredon Lagravette, Haut Médoc, 2015

www.chateau-sainte-marie.com

contact@chateau-sainte-marie.com

Tel +33 (0)5 56 23 64 30

J’ai beaucoup aimé le style en finesse de ce vin un rien en dehors des senties battus du genre, c’est étonnant quand on sait qu’il a pris 14 mois de barriques, mais l’équilibre bois/fruit est vraiment bien. Ce n’est pas avec ce genre de vin que vous aurez l’impression d’avoir roulé une pelle à Pinocchio alors qu’il n’était pas encore tout à fait poncé ; ici on joue sur les contrastes entre les fruits et les épices, une touche de vanille. Bref, c’est un coup de foudre pour moi sur ce coup là. À boire dans les 5/7 ans si l’on veut préserver ce fruité.

 

Château Le Crock, Saint Estèphe, 2015

Distributeurs en Belgique : Cave des Sommeliers, Crombe

Prix moyen sur le marché belge : de 26 à 29€

www.chateaulecrock.fr

chateaulecrock@orange.fr

Tel +33 (0)5 56 59 73 05

L’air de rien, celui-ci est un classique du marché belge. Tout à fait identifiable dans son style robuste, franc du collier, un peu carré dans sa jeunesse parfois, mais de millésime en millésime une valeur sûre. 2015 ne faillit pas et reste dans cette tendance. J’aime le côté juteux, mais aussi la structure presque rustique, du moins pas faite pour plaire à tout prix. C’est un vin de caractère et qui ne le cache pas. On se calme et on respire, ce n’est pas non plus une brute en peau de bête cavernicole, loin s’en faut, mais, pour faire compréhensible, il s’agit d’un vin qui montre ses racines, chez qui on identifie clairement l’origine. Ce qui, en cette époque de grand meltingpot avec ou sans sulfite, est déjà un genre d’exploit. Et j’aime ça ! À boire dans les 7/10 ans à l’aise.

Articles recommandés
Showing 2 comments
  • Olaf
    Répondre

    Bonjour Eric, juste un detail, le ‘nouveau’ classement CB date de 2010 (le decret été introduit en 2009) quand ils on jugé les vins de 2008 et existe effectivement huit ans (2010-2017) comme tu dit avec les millésimes 2008-2015.

    • Eric Boschman
      Répondre

      Salut Olaf, et merci pour les précisions, j’ai eu la mauvaise idée d’écouter le président des Crus Bourgeois sans vérifier ses dires et sans les mettre en doute. Un jour je ferai cela comme un vrai journaliste et pas comme un blogueur sauvage 😉 😉 Merci de me suivre et d’avoir réagit, je vais donc rectifier le tir au plus vite. Belle journée à toi. Eric

Laisser un commentaire

0