Chères auditrices, chers auditeurs, belges, belges, chère patronne bien aimée que votre nom soit sanctifié pour les siècles des siècles, Hello Elo, cher Serge lumière de la connaissance, bref, a tous présents et à venir salut !

 

Il y a un côté magique avec les chansons, surtout combinée a notre mémoire involontaire. Oui ; l’air de rien, suivant votre âge, vous vous souvenez malgré vous des paroles de l’une ou l’autre ritournelle estivale épouvantable. Je pourrai tranquillement ajouter à chaque fois que l’on me dit on est arrivé « dans les jardins du ciel » et pourtant je ne connais aucune chanson de Jaïro, sauf si l’on me lance les trois premières mesures. Il en va ainsi d’un tas de chansons, chef d’œuvre ou crincrin. Notre vie est rythmée par les chansons. Allez, je devrai dire, toutes les vies des plus de 35 ans. Car les autres sont majoritairement abonnés à leurs play-lists et j’avoue que je trouve ça tristement pénible. Ben oui, la radio, c’est un peu comme la lotto ou la roulette, vous ne savez jamais ce qui va sortir. Parfois on deteste, parfois on chantonne, parfois cela nous ramène vers des images heureuses de nos vies. Remarquez, il n’y a pas que des images positives, c’est vrai. Il suffit d’entendre le choix d’un défunt durant la cérémonie finale pour que cet air reste dans nos mémoires, associé pour toujours ou a tout le moins pour un temps certain.

 

Vous vous êtes déjà rendue, chère Sansan dans un concert d’un groupe que vous aimez particulièrement et vous avez chanté en chœur avec la salle, vous vous souvenez de l’effet que cela produit sur vous ? Vous faites partie d’un tout, vous sentez la force du groupe, la puissance de mille gorges qui reprennent ensemble les mots de la chanson. Si en plus ce texte est un peu plus riche que la moyenne ambiante, vous vous sentez parfois même pousser des ailes. Imaginons la situation de la chanteuse sur la même scène : vous posez trois notes et toute la salle vous porte ! comment redevenir un peu normal ensuite lorsque l’interprète se retrouve seule dans sa chambre trois plus tard ? C’est pas gagné.

 

Vous remarquerez que les manifestants chantent aussi ? Que les supporters de sports eux aussi soutiennent et poussent leurs équipes par des chants. Bon là, évidemment, il y a des nuances en fonction des sports, et des pays. Les britons ont le chic pour cela, ils connaissent même les paroles de chants complexes, un rien plus du moins que le Lalalala de la coupe du monde française. La première, parce que la seconde fut tellement peu méritée qu’il n’y a pas d’hymne hein. Oui, le chant peut-être fédérateur, voir même vindicatif ! En cette période post baptismale estudiantine, tout le monde connaît les paroles du chant des wallons qui ne craignent pas les flamands et les gueux qui dans la nuit nous guettent…oups oups je m’égare du Nord, c’est de circonstance.

 

Parfois, pour une cause quelconque, le chant peut-être dévoyé de son origine. Prenons l’horreur produite suite au succès de la Casa de Papel par Maître Gim’s et d’autres secoués de la cafetière qui salopent véritablement la signification profonde de ce chant, ça doit faire se retourner dans leurs tombes des milliers de résistants italiens…Oui, un chant peut signifier un tas de choses. Au Rwanda, après les massacres, La Chanson des Survivants, a été mise au centre du processus de construction identitaire collective, certes elle n’a pas tout changé, mais elle a donné l’occasion au peuple de se retrouver.

 

Qu’ils soient religieux, liturgiques, folkloriques, engagés, les chants permettent à un groupe de réaffirmer son identité de façon récursive, d’intégrer de nouveaux membres en leur apprenant ces chants et en les invitant à les interpréter en même temps que le groupe.

Le « pouvoir des chansons » a donné lieu à un certain nombre de techniques narratives développées à travers le monde. Tous les musiciens connaissent cette qualité de relation instantanée et vraie qui s’établit entre eux de n’importe quel contexte et de n’importe quelle culture. Nous cherchons souvent à recréer ce type de relations à l’intérieur des équipes ou des communautés sans penser une seule seconde que la musique nous offre une fantastique opportunité pour cela, car nous avons une vision culturelle dominante de la musique et de la chanson comme un territoire « récréatif», « pas sérieux », ce qui correspond aussi vraisemblablement à une tentative réussie de l’économie pour mettre les arts de côté et raboter un peu de ce pouvoir de mise en perspective et de déconstruction du monde qu’ils pourraient ressentir comme une menace.

 

Pourtant certaines chansons ont failli changer le monde, c’est passé pas loin. Imagine, et un tas de chansons « révolutionnaires », Bandera Rossa, El Racito del Ebro, et la Danse des canards (qui a provoqué un nombre incalculable de tour de reins) Bon, d’accord cela n’a pas forcément marché, mais quand même il y avait de l’idée…

 


 

citations

« Un homme sans patrie c’est comme un rossignol sans chanson » – Proverbe Russe

« La chanson est l’Art de l’Instant » – Charles Elie Couture

« Une chanson ça s’oublie, comme le reste » – Pierre Perret

« Une chanson est par définition évanescente ; une fois qu’elle existe, elle n’appartient plus à son interprète… » – Serge Jonckeers

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