Et il est content, enfin il en a l’air. Les neo-consommateurs de vin ne reçoivent plus l’information de leurs aînés, c’est une évidence. Il faut trouver d’autres façons de les aborder.

L’évolution de la société, la surmultiplication des familles nucléaires, la diabolisation outrancières des boissons alcoolisées, l’accélération des rythmes de vie, bref un tas de raisons plus ou moins valables font que la culture du vin ne se transmet plus comme avant. Si pendant quelques générations il a été de bon ton d’initier ses enfants, filles et garçons, en leur tendant un fond de verre vers 12 ans pour petit à petit expliquer un schéma classique et parfois un peu bourgeois qui évoluait au fil du temps ; les choses ont tout à fait changé depuis une vingtaine d’années. Avec comme corolaire de cette perte culturelle l’explosion du Binge Drinking et une méconnaissance crasse non seulement des us et coutumes de la table, mais aussi une ignorance totale de ce qu’est le vin pour une très grande partie de la population.

C’est d’ailleurs assez paradoxal, on considère en général que la proportion de population « connaisseuse » du vin est en augmentation, alors que la connaissance moyenne est en chute libre. Bref tout ça pour expliquer qu’il n’est pas évident pour les marques « ancrées » d’aborder les nouveaux clients.

Il y a quelques jours, à l’occasion de cette belle manifestation qu’est « Eat Brussels, Drink Bordeaux » j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec le responsable commercial de Mouton Cadet. Oui, je sais, pour une partie des lecteurs c’est presque comme serrer la main de l’antéchrist pour un pape en exercice. Rassurez-vous, il n’en est rien. La production de la boîte est, somme toute, à échelle humaine, et si la marque bénéficie d’une notoriété planétaire tirée par le fleuron de la maison, elle n’échappe pas à un effet d’usure sur nos marchés. En dégustation, les vins sont plutôt bons, équilibrés, techniquement parfaits et se boivent bien. Certes, il n’y a pas la carte postale du vigneron aux mains crevassées, le dos vouté sur son cep noueux, travaillant la terre au rythme de ses ancêtres, mais il y a une autre image qui tient la route elle aussi.

Mais comment renouer le contact avec les consommateurs dans les restaurants d’autant que le personnel est moins bien formé qu’anciennement, que les clients n’y comprennent pas toujours goutte et que les blogueurs et autres influenceurs en sont encore au stade des selfies avec des bouteilles reçues sans les déguster ? Simple, mais il fallait y penser, en présentant le vin autrement. Non pas en changeant son goût, ni sa structure, mais bien en le « djeunisant » sans l’abîmer. La bonne idée étant de proposer au restaurateur de le travailler à la manière d’un cocktail, mais pour le prix d’un verre de vin. Vous suivez ? Donc pour faire simple, on part d’un vin bien foutu, pas un truc qui vous assied pour des heures non plus, un vin tranquille quoi. On y met un centilitre de sirop de sucre de canne (le sucre c’est pour arrondir les angles et rendre la chose sexy en diable) pour 12 centilitres de Sauvignon, on complète par quelques glaçons et hop le tour est joué.

Aux USA, dans certaines familles il était de tradition pour le diner de Thanksgiving de mettre un tout petit peu de vin dans le sprite pour les enfants à partir d’une douzaine d’années et d’augmenter petit à petit chaque année jusqu’à ce que le vin ait pris la place de la limonade. Pourvu que notre monde ne sombre pas aussi profondément, il centilitre de sirop de canne devrait suffire à donner le goût des bonnes choses à ceux et celles qui n’ont pas eu la chance de l’apprendre au début de leur vie. Allez, c’est une bonne idée donc, et même si certains puristes vont pousser des cris d’orfraies, c’est, quoi qu’il en soit préférable à la consommation massive de soda n’est-ce pas ?

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