On m’a vu dans le Vercors
Sauter à l’élastique
Voleur d’amphores
Au fond des criques
J’ai fait la cour à des murènes
J’ai fait l’amour, j’ai fait le mort
T’étais pas née

À la station balnéaire
Tu t’es pas fait prier
J’étais gant de crin, geyser
Pour un peu je trempais
Histoire d’eau

La nuit je mens
Je prends des trains à travers la plaine
La nuit je mens
Je m’en lave les mains
J’ai dans les bottes des montagnes de questions
Où subsiste encore ton écho
Où subsiste encore ton écho

J’ai fait la saison
Dans cette boîte crânienne
Tes pensées
Je les faisais miennes
T’accaparer seulement t’accaparer
D’estrade en estrade
J’ai fait danser tant de malentendus
Des kilomètres de vie en rose

Un jour au cirque
Un autre à chercher à te plaire
Dresseur de loulous
Dynamiteur d’aqueducs

La nuit je mens
Je prends des trains à travers la plaine
La nuit je mens
Effrontément
J’ai dans les bottes des montagnes de questions
Où subsiste encore ton écho

 

La nuit est mon amie, je l’assume et j’aime ça. Il m’arrivait parfois de rouler, quand j’ai mon permis de conduire, dans Bruxelles déserte la nuit juste pour le plaisir, quand on pouvait rouler dans la ville, pour me changer les idées. J’ai toujours vécu la nuit, grâce à mon boulot. Ben oui, dans la restauration si on n’aime pas la nuit, il vaut mieux chercher un autre job rapidement. Ou faire de la cuisine de collectivité, ce qui est un choix honorable aussi. La nuit, pour moi, est synonyme de paix, de calme, c’est le moment où je peux prendre un livre, où je ne travaille pas. La nuit je peux tranquillement m’asseoir dans un canapé et écouter la maison dormir. Pas de bruit, juste un petit fond de musique, une lampe solitaire et le bonheur de voyager à travers les mots dans des ailleurs imaginaires.

J’aime la vie de la nuit, vous n’avez peut-être pas remarqué mais la nuit se désertifie. Il y a quelques années, il existait des bistrots de nuit, des restaurants de nuit. Le nombre de nuit qui s’achevaient au Mozart à la chaussée d’Alsemberg avec Rémo aux fourneaux et l’une ou l’autre vedette qui débarquait après spectacle encore pleine de l’adrénaline de la scène et qui faisait la fête avec tout le monde…Les temps changent, on regarde les concerts sur son téléphone même quand on y est et on rentre vite se calfeutrer chez soi parce que la nuit c’est fait pour dormir hein on crains même de voyager au bout de la nuit…

J’aime aussi les bistrots de nuit où une faune interlope vient boire, un peu à la manière des fauves en Afrique qui viennent à la tombée du jour. On peut y croiser quelques taximens qui jouent leurs pourboires au Miss América, vous voyez, ces billards a boules. Plus tard on y trouve quelques prostituées qui font une pause ou se réchauffent en hiver, ajoutez-y deux ou trois paumés enfuis dans les brumes de la vie qui parlent seuls ou tentent péniblement d’attirer le regard de la barmaid, qui sait, sur un coup de chance…

La peur de la nuit c’est la peur de l’inconnu, de ce que l’on ne voit pas, c’est aussi une peur qui nous est instillée depuis la…nuit des temps. L’obscurité est proche, d’un point de vue sémantique, de l’obscurantisme. Avoir peur du noir c’est avoir peur de l’inconnu ; hors n’est ce pas l’inconnu qui nous rend heureux parce qu’il nous permet de découvrir ce que nous ne nous connaissons pas.

La nuit est mon amie, parce qu’elle permet tout. Ne dit-on pas que la nuit tous les chats sont gris ? Tout s’uniformise. J’aime la nuit quand elle fait place au jour. Quand on voit qu’elle s’éclaircit doucement, passent par 50 nuances de bleu. La nuit est belle parce qu’elle nous donne l’occasion de rêver, de devenir quelqu’un d’autre, de voler par-dessus la vie…même sur un oreiller.

« Car la nuit ne peut pas entendre

Non la nuit ne veut pas comprendre

C’est à croire, que la nuit n’a pas de cœur »

Louis Bertignac

 

« Je crois à la nuit »

Rainer Maria Rilke

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