Il est complexe le monde de la bière, et les bierologues* s’y perdent un peu plus chaque jour. C’est ce qui fait son charme.

Le monde de la bière, c’est presque comme quand, enfant, je jouais à un, deux, trois piano ! Chaque fois que je me retourne, je trouve une nouvelle brasserie et/ou une nouvelle bière. Mes étagères croulent sous le poids des bouteilles qui me parviennent de tous les coins de Wallonie, et aussi un peu de Flandre. Il m’en arrive de temps en temps de France, et lors de mes déplacements ailleurs je m’en offre, afin de goûter d’autres saveurs.

Lors d’un récent voyage à Québec, j’en ai profité pour déguster une palanquée de bières locales artisanales. Et à force de déguster, je me pose quand même quelques questions. Pour commencer, quelqu’un pourrait me définir exactement ce qu’est une bière artisanale ? Est-ce la taille des installations, le volume produit qui induit cette nomenclature ? Parce qu’alors il faut l’adapter à chaque pays, voire à chaque région.

Ce qui est craft aux states ne le serait plus en Belgique sur la base d’un tel critère. Artisanal c’est forcément petit ? Et est-ce que l’artisanal est compatible avec la notion de bénéfice, qui dépasse forcément celle de la rentabilité ? Ou est-ce qu’artisanal dans la tête des amoureux du jus de Gambrinus signifierait : « irrégulier », dans un contexte anti-standardisation ? Parce que là, il y a de quoi causer.

Il m’est arrivé ces dernières années de déguster des bières presque mythiques, aux noms qui font vibrer les geeks, les tatoués, les piercés et autres caricatures du genre amoureux de la bière en goguette. Remarquez que je me gausse, mais si j’avais vingt-cinq ans de moins, peut-être que moi aussi je revêtirais l’uniforme de la différence histoire de me fondre dans le moule de la communauté anti-système. Être différent pour ressembler à tout le monde n’est-ce pas là un joli paradoxe ?

Bon, je m’éloigne, j’affirmais il y a quelques lettres avoir dégusté quelques bières aux noms mythiques ces dernières années et, souvent, comme en matière de vin, je suis resté sur ma faim. Certes, techniquement c’était régulier et sans problème, mais cela manquait cruellement de vie dans mes papilles. A l’image des restaurants mono-produits, j’ai trouvé des bières qui manquaient de tripes, d’âme, les deux ne sont pas forcément liées que les choses soient claires. J’ai gouté bien trop d’IPA qui n’existaient en fait que pour cacher un manque réel de savoir-faire, d’implication au-delà de la recette, de ce petit quelque chose qui transforme une gorgée en moment d’émotion. Mais ce qui m’étonne le plus, c’est d’avoir goûté tant de bières d’ici et d’ailleurs, avec des trucs pas nets. Des trucs qui parfois étaient bestiaux même, et pas seulement que des arômes de brette mais bien des trucs animaux, genre tanière d’ours au printemps ou cage de cirque au soleil.

Nous sommes d’accord, il est parfois complexe d’élaborer une bière, surtout en petite quantité. Mais qu’il s’agisse d’une bière standardisée ou artisanale, le défaut aromatique et gustatif est inacceptable. La déviance est un problème technique lié à un manque de travail et de soins, pas une qualité même pour les bobos qui roulent leurs clopes eux-mêmes avec du papier sans chlore et du tabac bio pour n’avoir que des métastases bio que l’on soigne à coup de cataplasme à la moutarde et d’incantation autour d’un Mandala. Il y a des limites aux conneries.

Certes, la bière est tributaire de son service, qui parfois est plus proche du sévice qu’autre chose, mais ce n’est pas une raison. Vous me répliquerez que le service change tout même en bouteille, si le verre est mal rincé etc etc. N’évoquons même pas  la  bière à la pression au bout d’une ligne python pas clean… Le résultat est parfois édifiant.

Oui, il faut de tout pour faire un monde et personne ne détient la vérité gustative, ceci qui fait cet arôme particulier ne conviendra pas à tout le monde. C’est, certes, vrai mais seulement s’il ne s’agit pas d’un défaut technique. Les bêtes dans la bière, pour le miel c’est top. Les bêtes dans la bière pour redéfinir les parfums d’une cage aux ours, c’est nettement moins top. Même si j’aime beaucoup les plantigrades.

*Ce mot, inventé par Ronny Coutteure, comédien/poète amoureux de la bière date du début des années 90, bien avant que le lourd Zythologue ne fasse son apparition. Je le trouve beau, mais surtout bien plus logique. Le Zyhtos c’est pathos

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