In Restaurants

Dans les années 60, Amadou Hampaté Bà a prononcé un discours à la tribune de l’ONU peu après l’indépendance du Mali. Les déformations du temps ont transformé sa phrase en : Lorsqu’un sage meurt, c’est une bibliothèque qui brûle…

Rassurez-vous je ne vais pas vous entretenir de philosophie aujourd’hui, à part celle des coins de table en cuisine, je n’y comprends souvent goutte. Ça tombe bien me direz-vous j’en ai fait un de mes métiers, oui mais non. Aujourd’hui je m’en vais vous entretenir d’une urgence. Pas fondamentale, certes, mais quand même, si vous ratiez ce coche-ci il vous resterait toute une vie pour vous grignoter les doigts de dépit et ça c’est moins rigolo ; car les ongles, même bien préparés, c’est fort peu goûteux In Fine.

Le monde de la gastronomie a ses stars, ses époques, ses tendances de fond, de surface et ses épiphénomènes que l’histoire devra s’empresser d’oublier. Nous vivons depuis quelques années un mouvement plutôt chaotique où il est parfois un peu compliqué de retrouver ses jeunes.

La disparition progressive de la dentition de nos descendants ainsi que de leur goût a engendré la « burger-mania » et ses corolaires. Le manque de transmission de la connaissance des saveurs au sein des familles nucléaires, recomposées et autres cohabitations a scindé le monde entre ceux qui s’ouvrent et ceux qui ont autre chose à foutre. Les modes inondent les modes, et le Quinoa-bio-fairtrade envoie la betterave rouge au rang des fondants au chocolat ou des coquilles saint jacques au gratin…en attendant le prochain produit. Les hystéries diverses et avariées des extrémistes de tous bords poussent les vegans à saccager des boucheries ou un ex-ministre de l’agriculture wallonne à vouloir faire interdire le gavage qu’il a promu quelques mois plus tôt à coup de l’argent public qu’il gérait.

Bref, ça bouge, ça remue et c’est la vie. Mais quand un maître de la cuisine, un Senseï au sens véritable du terme, car il est le plus Belge des nippons au balcon, annonce qu’il va fermer définitivement sa porte le 15 août, cela résonne comme le tocsin dans mes neurones. Ainsi, Inada Saburo, ou l’inverse, je n’ai jamais tout à fait compris, mais je crois que Saburo est son prénom, va cesser ses activités de restaurateur. Certes, c’est de son âge, mais quand même, c’est bien con, il est à mes yeux, et encore plus à mes papilles, comme une petite lumière qui brille de bon sens dans un océan de Portnawak. L’homme a été étoilé il y a bien longtemps, au début des années 80, dans un restaurant depuis bien longtemps disparu du Sablon. Mais les honneurs et la lumière c’est pas trop son truc. Il ne se revendique pas artiste, ni star, ni rien d’ailleurs de plus qu’être un honnête artisan. Mais un de ces artisans qui, lorsqu’il vous parle de produit ne se contente pas de vous raconter l’éternel blabla de ses coreligionnaires, lorsqu’il parle c’est parce qu’il connaît. Sinon il se tait, car en plus il sait le côté précieux du silence.

Bref, si vous voulez voir un maître au sommet de son art, histoire de vous ressourcer un peu et de remettre l’aiguille de vos sensations au milieu du village, il vous reste peu de temps. Alors on s’agite….

Restaurant Inada

73, rue de la Source 1060 Saint-Gilles

Tél : 02 538 01 13

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Comments
  • Muriel
    Répondre

    Toujours trés agréable de lire vos articles (en ik ben nederlanstalig!)!

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