Mais oui, y’a pas de raison, moi aussi je m’en vais vous proposer un récapitulatif de tout ce que nous avons partagé au cours de l’année défunte.

Pour répondre au reproche d’un lecteur durant l’année, car il y a toujours un râgeux qui se terre aux tréfonds du monde et qui balance un scud de temps en temps, oui, je ne vous entretiens que de ce que j’ai aimé. Je n’ai que 52 espaces par an pour vous raconter par le menu mes agapes, je n’ai donc pas assez d’espace pour perde notre temps à me plaindre, et puis le monde est déjà assez pénible comme cela pour ne pas en rajouter des couches. Donc, oui, je suis le roi des chroniques de bisounours. Quoi que, si vous lisez bien, c’est-à-dire ce que je n’écris pas, il y a un peu d’acide parfois au bout des mes doigts, mais là il s’agit plus de plaisir que de honnir.

Pour en revenir au sujet du jour, que vous dire de clair ? Que j’ai le sentiment qu’il y a un peu plus qu’un frémissement, que quelque chose bouge enfin de manière profonde dans le paysage gastronomique belge francophone. Oui, les résultats du guide papier le plus crédible de la planète food, le rouge pneumatique, font un peu de place aux restaurants du sud du pays. Mais on s’en food un peu ,parce qu’en profondeur, si on analyse bien les choses, c’est encore fort orienté au nord. Ce n’est pas cela la tendance, ça c’est juste un guide, un peu comme un bulletin en fin de sixième primaire, cela dure le temps de la remise et puis on passe à autre chose. Et cette autre chose, j’ai l’impression qu’il s’agit d’un mouvement qui tend à revenir aux essentiels de la cuisine. Certes, il y a de plus en plus de lieux qui nous font l’éloge du mono produit, genre ce stupide machin autour de l’avocat, mais il me semble même que la « burgeronomie » marque le pas, les wraps sont cantonnés aux neo-néfastes-foods et le quinoa à la betterave et aux germes de luzerne est limité à certains lieux plutôt du sud de Bruxelles. Que des bonnes nouvelles en somme pour les ringards dans mon genre.

Par contre, des lieux tels qu’Harvest, Bozar, Comme Chez Soi, Le Chalet de la Forêt, la villa Emilie, L’Eau Vive et la liste est longue aussi en dehors de la capitale, incarnent un retour à une cuisine lisible, compréhensible. Ne lisez pas ce que je n’ai pas écrit  Bon-Bon et L’air du Temps sont de fabuleuses expériences gastronomiques qui demandent un laisser aller total de la part de nos neurones hein, ce n’est pas le propos. Il me semble que se dessine un mouvement où l’huile d’olive n’est plus une sauce, où trois gouttes de machins infusés aux épices venues du cinquième point du monde et qui ne servent qu’à faire plaisir aux délires onanistes des chefs suiveurs de tendances évanescentes, un tour de poivre sauvage ne suffit plus à terminer un plat.

Dans une époque où le concert des plaintes des restaurateurs à propos de la qualité du personnel ne cesse d’enfler, quelques lumières, à différents stades de la hiérarchie gastronomique, éclairent une route constituée de plaisirs simples en apparence mais travaillés comme des sauces longuement travaillées. Corollaire, il semblerait que l’on revienne petit à petit, très petit à petit, au travail en salle. Les serveurs et autres maîtres d’hôtel ne seraient plus à l’avenir juste limités à porter des assiettes et à verser un jus à l’aide d’un potiquet déjà ringard depuis quelques temps. Oui, c’est vrai, il faudra ré-enseigner les découpes, le B-A-ba du métier, son essence, mais là où régnait le Mordor, il y a maintenant un peu d’espoir, de lumière, parce que pour garder son personnel, il faut lui donner l’envie d’avoir envie comme disait un habitant de Saint Barth.

Bref, c’est une belle année qui débute, et je vous la souhaite joyeuse, sans modération, pleine de folies et d’excès, car, à bien y réfléchir, il n’y a que cela qui en vaille vraiment la peine.

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  • PIERRE Pascale
    Répondre

    Merci mon (notre) Bisounours de ne pas te plaindre mais de nous nourrir ou de nous abreuver des tes chroniques qui finissent toujours pas nous redonner le sourire, pour cette folie dont on a temps besoin. Ce matin j’ai reçu ce message :

    N’oubliez jamais que de belles choses peuvent se produire lorsque vous vous distancez de la négativité…

    Vivement le 9 mars pour un « rapprochement » positif et festif et partager de belles choses. Bisous M’Chou….

  • Marianne Piret
    Répondre

    Voilà c’est tout simplement comme ça que j’aime vous lire (oui avec une légère acidité au bout de certains propos aussi!) …..mais que ça fait du bien de lire de telles constatations, de tels ressentis car oui….du triste, de l’horreur et surtout de la connerie humaine il y en a assez autour de nous et sur la terre entière. J’aime bien ce que vous dites….donner plus d’envie aux serveurs, cuisiniers d’être « sur le terrain et dans un rôle plus complet que ce à quoi on les cantonne »….chouette lecture Belle et heureuse Année nouvelle à vous…. Marianne

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