In La France, Le voyage

Si la Chartreuse est de plus en plus en la mode, le retour de l’Absinthe dans la légalité depuis quelques années pourrait recréer des ponts entre les spiritueux des montagnes…

Absinthe que de conneries ne dit on pas en ton nom ? C’est que séparer le bon grain de l’ivraie n’est pas une simple affaire. L’air de rien, l’interdiction de la fée verte, c’est surtout l’histoire d’une manipulation à l’échelle d’un état, enfin, pour être honnête de deux états. Un mensonge digne de celui de Georges Bush Jr à propos des raisons de mettre le moyen-orient à feux et à sangs au moins. Il ne faut pas avoir étudié l’histoire pendant des lustres pour avoir des informations à propos de cet alcool devenu mythique par son interdiction. Chacun sait que Vincent Van Gogh s’est coupé l’oreille un soir de folie après avoir consommé de l’alcool, que Henry de Toulouse-Lautrec à passé sa vie auprès des prostituées en consommant de l’absinthe, que les heures les plus noires de l’assommoir sentaient l’anis vert et j’en passe et des meilleures. Un médecin à même, très sérieusement, décrit les symptômes liés à une consommation excessive de cet alcool sous le nom d’absinthisme. Tout cela, et bien d’autres choses encore, conduira le gouvernement français, en 1915, à interdire la consommation et la production d’absinthe à la suite du gouvernement suisse cinq ans plus tôt.

Le plus dingue étant que dans toutes ses affirmations, rien n’est vrai. Rien de rien. A commencer par la maladie, inventée de toutes pièces. L’absinthe rend fou à cause d’une substance contenue dans la plante qui se nomme Thuyone. Cette molécule serait nocive à forte doses. La législation européenne actuelle l’autorise jusqu’a 35 mg/L. Il semblerait que, d’après certaines analyses, celles produites avant l’interdiction dépassaient rarement les 22 à 25 mg/L… oui, je sais, moi aussi ça me laisse rêveur. Bon, d’accord, aux USA, la thuyone est limitée à 12mg/L, mais bon, eux pour s’éclater ils ont les 357 magnums et la police. A chacun ses problèmes hein.

Puisque ce n’est pas la thuyone, où est le problème alors ? Ben, au regard de l’histoire, le problème est multiple, mais pas lié au produit à proprement parler. Il faut se replacer dans le contexte de l’époque. Suite à l’exposition universelle de 1855 à Paris, le Phylloxera est arrivé en Europe en direct des States. Il contaminera la planète dans le demi-siècle qui va suivre en ravageant les vignobles sans vraiment de limites. Mais c’est une autre histoire. En France, le vignoble souffre, et ce n’est rien de le dire. Ajoutez à cela, fin du XIXème siècle, l’invasion du mildiou et de l’oïdium, tous deux en provenance des States, et vous aurez une idée du marasme dans lequel sont plongés les producteurs. Pendant ce temps là les ventes d’Absinthe s’envolent dans l’hexagone. Au tournant du siècle on navigue aux environs de 17 millions de bouteilles vendues… En Suisse aussi, dans le Val de Travers on produit pas mal d’alcool, plus ou moins 1,5 millions de bouteilles. Bref, l’industrie est florissante.

A propos, pourquoi une telle disparité de production entre la Suisse et la France ? Oh, trois fois rien. Juste une violente distorsion en matière de taxation. La Suisse taxe tellement que les principaux producteurs franchiront la frontière proche…C’est étrange comme tout cela est terriblement actuel hein ? Oui, je sais, la shopping fiscal est aussi vieux que l’impôt; c’est une évidence. C’est ainsi que Pernod, par exemple, arrive à Pontarlier.

Donc une industrie florissante face au reste de la France qui fait la gueule. Ajoutez à cette réussite insolente quelques gougnafiers qui produisent des absinthes d’une qualité plus que douteuse et vous avez de quoi mettre le feu aux poudres. D’autant plus que les producteurs jurassiens ne bénéficient pas des relais voulu au niveau des instances décideuses et parisiennes. D’une part le lobby archi bien structuré et puissant du vin et des autres alcooliers, et de l’autre rien ou presque. Le représentant élu de la région s’étant converti à l’Islam refuse de bouger ne fut-ce que le petit doigt en faveur de l’industrie locale.

L’Absinthe est un alcool distillé resultant de la macération d’au moins cinq plantes : l’Absinthe, l’Hysope, la menthe poivrée, la mélisse et l’anis vert. Chaque producteur ayant ses petites touches secrètes et supplémentaires bien entendu. En sortie d’alambic, elle pèse pas loin de son degré final, c’est à dire aux environs de 70%Vol. On la dilue pour qu’elle tourne aux environs de 12%vol. Pour votre culture, notez que l’absinthe se trouble à la moitié de son degré; c’est à dire que lorsque vous atteignez plus ou moins 35%vol en ajoutant l’eau. C’est un bon signe hein.

Pourquoi les fontaines à Absinthes ? Vous connaissez ces petites choses, genre réservoirs à eau avec des minuscules robinets qui laisse passer la chose en filet ou en goutte à gouttes ? En fait, il semblerait que l’adjonction d’eau doive se faire très lentement et progressivement pour ne pas casser les arômes subtils de la préparation. C’est aussi dans la fontaine que l’on placera les glaçons et pas dans le verre, ça c’est bon pour le Pastis et autres descendants dégénérés de la Fée Originelle. Le sucre sur la petite pelle fait partie du folklore, mais c’est franchement inutile si vous voulez percevoir les richesses de la préparation…

Voilà, c’est fini pour le début. La suite, les adresses, l’itinéraire sur la route de l’Absinthe et quelques commentaires de dégustation très bientôt.

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