Je ne vais pas vous entretenir de bière au café, le magazine en est plein. Par contre bière et café, cela me fait penser à ces bistrots de campagne, où, enfants, il m’arrivait de stagner pendant que mes parents buvaient une pinte avec l’un ou l’autre.

Ces bistrots aux boiseries foncées, où flottait, même de bon matin, une nappe de fumée de cigarettes. Ces bistrots tenus souvent par des dames, en cache poussière, où se mêlaient les effluves des jattes de café, et de la bière passée.

Mon frère et moi, nous jouions au kicker, une ou deux parties toujours trop courtes. Je me souviens en particulier de « Chez Mon Oncle », juste en face de l’église. D’un côté le café, de l’autre une petite épicerie dépanneuse où un jour de fête des mères ne sachant vraiment pas quoi offrir à ma mère, j’ai acheté un camembert et, avec la monnaie restante, un petit paquet de feuilles de papier de verre. Oui, ne cherchez pas à comprendre, je suis parfois un peu différent.

Le dimanche matin, les fermiers du village venaient prendre une pinte pendant que leurs épouses assistaient vaillamment à l’office religieux. Une fois la chose terminée, elles les rejoignaient pour boire un café.

En hiver, il faisait parfois si chaud et humide à l’intérieur que les fenêtres étaient couvertes d’une buée qui dégoulinait en prenant des chemins aléatoires que mes yeux d’enfants rêveur imaginaient comme autant de rivières téméraires.

D’ailleurs, à cette époque-là, et encore maintenant, loin des lieux gentryfiés par les « bobos », on nommait ces endroits des cafés. C’est dire si la proximité était grande. En matière de proximité, il y a un autre parallèle que je ne manquerai pas tenter : notre méconnaissance globale des deux produits.

Le café est une boisson issue de la percolation de l’eau entre les granulés d’une baie que l’on a fait fermenter avant de la torréfier et de l’assembler.

Peu nous importe, en général, son origine, et un tas de paramètres plus ou moins vagues, ce qui compte c’est qu’il soit chaud, nous remette d’aplomb parfois et que l’on boive cela accompagné ou non de sucre et de lait.

Depuis que je m’intéresse au phénomène brassicole dans notre beau royaume, j’en arrive à la même conclusion. Nous consommons la bière en vertu de quelques paramètres sociaux, économiques, marketing et, parfois de saveurs.

LE client est fidèle à sa bière et s’intéresse fort peu aux autres, et encore moins, par définition, à ce qu’il ne connaît pas.

Au début de mon spectacle, je propose une vieille gueuze de chez Timmermans à la dégustation. Lorsque je joue à Liège ou en Gaume, par exemple, c’est un peu comme si je me faisais pour le coup missionnaire. Peu d’entre les spectateurs connaissent ce type de bière, et lorsqu’ils connaissent, c’est bien souvent une fruitée qu’ils ou elles buvaient adolescents.

Dans un pays où la consommation de bière, même si elle est en chute libre depuis une vingtaine d’années, reste importante, il serait bon de se poser quelques questions ; ne fut-ce qu’au point de vue marketing, ou formation. Oui, il y a moult cours de Zythologie et autres formations pour amateurs éclairés, mais, au même titre que pour le vin, il manque une connaissance de base qui permettrait une ouverture d’esprit. Quelque chose qui permettrait au grand public d’appréhender le jus de Gambrinus autrement qu’une « biesse » tasse de café…

Mais est-ce dans l’intérêt des grandes marques d’ouvrir l’esprit des consommateurs fidèles à une image plus qu’à une saveur ? Seul l’avenir nous donnera la réponse.

Sur ce, bonne dégustation, je vous laisse. Mon café risque de bouillir, et comme chacun le sait : Café Bouillu, café foutu.

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