Nous sommes tous au moins une fois dans notre vie allés faire quelques emplettes chez Colruyt. Le décor minimaliste, les allées gorgées de produits jusqu’au plafond, le côté « cornix look » industriel, les caissiers debouts etc, etc. C’est un style, un genre, on aime ou pas, mais c’est efficace.

La dernière grande chaîne de distribution 100% belge marque le paysage de son empreinte indéniable et fait la course en tête dès que l’on évoque le vin. D’une part en termes de volumes, mais aussi d’autre part dans les « grands » vins.

Même si sur ce créneau particulier « Cora Wine » joue le rôle d’un bel outsider. Les autres chaînes cherchant depuis quelques temps à trouver leur place.

Même si Delhaize conserve un joli capital sympathie auprès du grand public, le temps où l’enseigne au Lion jouait la tête du monde du vin dans notre royaume semble déjà loin. Quant aux soldeurs bataves, leurs gammes de vins sont « différentes » de ce que recherche le public belge. A noter dans son coin Lidl qui fait un joli boulot l’air de rien.

Et Aldi qui communique vraiment bien, en jouant sur les mots et les classements obtenus dans des concours anglo-saxons assez peu crédibles de par leur nature et leur origine géographique même, il n’empêche que c’est bien rigolo comme développement et plutôt efficace.

Pour en revenir à Colruyt et à ses grands vins, fêtes de fin d’année oblige, le catalogue internet présente près de 800 références. Un assortiment complémentaire à celui qui est présenté dans les magasins, un peu à la manière d’un caviste. Oui, je sais, il va y avoir des hurlements et les insultes vont pleuvoir. Le caviste conseille, connaît ses clients, internet c’est impersonnel etc, etc. Je suis totalement d’accord avec vous. Rien de tel qu’un conseil personnalisé, proche du consommateur, par des gens compétents ; pour autant qu’ils le soient.

Lorsque je posais le mot caviste, c’était plutôt par rapport aux volumes présentés, bien trop faibles pour garnir les linéaires des grandes surfaces. Des petits domaines, des pépites parfois, un terrain de jeu où les acheteurs appliquent d’autres critères d’achat que ceux utilisés pour les magasins.

Le site  www.grandsvins.be est l’un des seuls sites belgo-belge, avec une base de données réparties sur l’ensemble du royaume.

Il faut noter aussi la sortie d’un catalogue papier 2x l’an : printemps-été et automne-hiver. Les grands noms y sont bien représentés : Yquem, Cheval Blanc, Angelus, Troplong Mondot, Pichon Baron, Haut Brion, Chablis Grand Cru, Chevalier Montrachet, Corton Grand Cru, Pommard, Nuits St Georges, Bolgheri, Chianti, et j’en passe et des meilleurs.

Tant qu’à faire, le paiement ne se fait pas à la commande, mais bien lors de l’enlèvement, ce qui permet encore de revoir son jugement et de changer d’envie le cas échéant.

Ajoutez à cela l’application des prix les plus bas et donc réaction aux autres promos nationales. Le client peut commander une quantité différente que celle d’un carton ou caisse contre une contribution de 1.25 par réf. (pas par bt).

Partir vers le ‘tout digital’ serait bien tentant pour l’enseigne, entre autres afin de réduire les coûts marketing, mais en même temps serait plutôt en contradiction avec ce que le client souhaite : du rêve, des photos, des infos pertinentes et de qualité plutôt que des one-shot et de la junk-com…

La conjoncture n’est pas évidente malgré tout: ce sont des vins qu’on ne voit pas physiquement et la marque doit constamment se rappeler aux bons souvenirs de ses clients. Et, l’air de rien, les coûts d’une telle politique sont élevés car l’entreposage coûte cher, les manipulations aussi en cas de ré-emballage à la pièce. Sans oublier un système de promotions mensuelles (par courrier en général) complété par des mises à jour régulières (toutes les 2 à 3 semaines) sur la page d’accueil : avec comme volonté de diversifier l’offre et d’attirer l’attention tour à tour sur des sujets viticoles intéressant l’amateur : nouvelle appellation, zoom sur un cépage, analyse d’un terroir, une cotation hors normes, etc…

Le groupe organise aussi chaque année depuis presque vingt ans des soirées de dégustation à grande échelle où ils proposent à la dégustation une centaine de ces vins en présence de nombreux producteurs, agents, importateurs.

Bref, c’est une machine bien rodée et qui tourne comme une horloge, résultat de la volonté des fondateurs et perpétuée à travers le temps depuis.

Bon d’accord la gamme est très marquée Bordeaux, à l’instar du marché national. Même si nous, chroniqueurs et journalistes du vin parlons souvent d’un tas d’autres choses, le Belge, surtout francophone, est fidèle aux crus girondins quoi qu’il advienne, même si la promo des vins de Bordeaux est bizarrement majoritairement axée surtout vers le nord du royaume. Mais ça c’est une autre histoire. Si cela vous botte je vous donnerai mon point de vue sur la question un de ces quatre…

Petites dégustations

Pur Cep 2017 Sans Sulfite ajouté Les caves de la Loire (Brissac)

Anjou / Cabernet Franc

7,95€

16/20

La finesse et la rusticité du cépage parfaitement exprimées, les tannins sont fins, le fruit bien rond. Non, les vins de Loire rouges ne sont pas condamnés à être servis glacés aux beaux jours en terrasses, laissons cela à ceux qui n’aiment pas le vin. Celui-ci est joyeux, fruité, avec de la profondeur. Il sera parfait pour accompagner le chapon, les gens bien élevés ne mangent pas de dinde hein, avec une sauce au jus de truffes…

Borie La Vitarèle « Les Schistes » 2016

Saint Chinian / Grenache et Syrah

16,29€

19/20

C’est juste tout simplement de la bombe que ce truc-là, c’est hors normes, élégant, exceptionnel* et tout ce que vous voulez. *Biffez la mention inutile. Que dire d’autre ? C’est ce que j’ose appeler un grand vin tant c’est complet, équilibré, profond. Le genre de flacon à passer en carafe et à filer à votre beau-frère qui vous casse les pieds à chaque Noël avec ses cours de dégustation à la mords moi le doigt et qui compte les « caudalies » en fin de dégustation, surtout si vous êtes plutôt du genre «chevreuil à la ficelle ». Ça va lui clore le bec pour le reste du dîner.

PerricOne Castelluccimiano

Sicile / 100% Perricone

14,15€

14/20

Non, tous les vins siciliens ne bastonnent pas à coups de lupara pour vous couper un doigt afin de préserver l’omerta. Non, ils ne sont pas tous plein d’alcool non plus. Celui-ci est élaboré en altitude, ce qui lui confère un peu plus de fraîcheur que la norme. C’est juteux, rond, friand et plein de vie. Un petit bonheur pour accompagner un filet de biche aux airelles un soir de fête en famille, c’est bien.

Château Guibot « La Fourvieille » 2015 Bio

Puisseguin Saint Emilion / 80% Merlot 20% Cabernet Franc

15,5€

15/20

Le nez est un peu marqué par le boisé au départ, mais avec quelques minutes d’aération les choses rentrent dans l’ordre et le fruit apparaît. Le merlot s’exprime, mais le cabernet franc apporte une colonne vertébrale en fraîcheur avec des tannins fins. Le vin est déjà mûr, mais il en a encore un peu sous la pédale et tiendra certainement cinq à sept ans encore. Un classique parfait mais avec un petit je ne sais quoi en plus.

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