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Chaque année, c’est la même chose. Le millésime qui est présenté durant « les primeurs » est forcément paré de toutes les qualités… On en parle.

Les Primeurs

Un phénomène unique au monde, du moins à cette échelle, qui se déroule dans le bordelais. Les vignerons des propriétés les plus en vue présentent au monde entier, les premiers échantillons du millésime précédent fin mars début avril.

Cette année il s’agissait donc de 18. La mémoire est une chose curieuse, et la rétention d’informations ou leurs déformations de bonne foi ou pas, font que les humains oublient assez vite ce qui s’est réellement passé d’un point de vue climatique au cours de l’année écoulée.

Par exemple, en 18, il y a eu, dès le printemps, une forte attaque de mildiou (une maladie cryptogamique de la vigne qui se révèle par des champignons qui se fixent dans les feuilles mortes en hiver et se développe à la faveur d’un printemps humide et doux) que seuls de nombreux traitement chimiques ont pu juguler.

Les domaines en Bio, ou en Biodynamie ont vu leurs rendements fondre comme neige au soleil et certains d’entre eux ont même perdu jusqu’à 80% de leur production. C’est dingue, parce qu’une petite année plus tard, les « experts » semblent tous frappés de cécité sélective ; ce n’est qu’un début.

Techniquement, s’il n’est pas un peu « poussé », il est rare que le vin soit déjà « fin prêt » au début du printemps à être goûté. En fait ce système des primeurs est une farce grotesque, car on y déguste des vins qui sont grosso-modo des échographies à 6è mois de grossesse. Imaginez qu’un entraîneur de foot aille voir des futures mères de joueurs de foot et à l’examen des clichés puisse dire ce qu’ils seront. Nous ne sommes pas loin de cela.

J’ai lu quelques commentaires de dégustation durant cette période, et j’avoue avoir beaucoup rigolé. Entre-autre ce magazine de « référence » britannique qui donnait la côte de 100/100 à un échantillon prélevé sur une seule barrique d’un premier cru classé de Pauillac. J’hésite encore entre pathétique et drôle. En tout cas ce n’est absolument pas crédible.

Oui, mais alors, pourquoi ce barnum ?

Parce qu’il est question de sous, de gros sous même. En fonction de la tendance moyenne des cotations des uns et des autres, les prix partiront un peu ou beaucoup à la hausse. Parce que juste après les dégustations des primeurs débute la campagne des primeurs.

Certains négociants de « la place », certains châteaux, présentent aux marchés du monde entier leurs prix. En plusieurs tranches. Au début tout le monde se regarde en chien de faïence et puis un premier « sort » son prix. Et on attend un autre, etc. Si la première tranche trouve acquéreur très vite, et à ce prix, une seconde sera présentée, etc, etc.

Mais le vin n’existe pas encore. Il sera expédié, au mieux, l’an prochain après assemblage, élevage, et j’en passe et des meilleures. Mais il doit être payé entièrement cette année. Ben oui, c’est là l’essentiel de l’opération. Une jolie rentrée financière précoce. Le truc le plus vicieux étant que les vins les plus prisés sont aussi les plus chers parce que les plus renommés…

Bilan des opérations 

Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ; le millésime est superbe, une fois encore, certes pas le millésime du millénaire, mais pas loin du millésime du siècle quand même. Ha oui, j’ai oublié de vous écrire que quelques propriétés ont annoncé renoncer au bio parce que le sulfate de cuivre est trop polluant pour les sols. À moins que ce ne soit trop impactant pour les rendements. Allez savoir…

Pendant que les « journalistes » et autres « bloggeurs » spécialisés dans le vin courraient les châteaux et les dégustations « primeurs » je m’en suis allé visiter les côtes de Bordeaux. Une constellation d’appellations qui se sont souvenues un jour que « l’union fait la force ». Elles ont décidé de s’unir afin de mieux se promouvoir.

De Blaye à Castillon en passant par Sainte-Foy, Francs et Cadillac, ces côtes de Bordeaux donnent l’envie de redécouvrir cette si belle région aux paysages variés et aux vins loin des stéréotypes qui hantent notre mémoire.

J’ai eu l’occasion de déguster un joli paquet de vins de différents millésimes, mais aussi de 2018. Pas encore terminés, loin s’en faut, sur cuve ou sur fût, avec des choses plutôt bonnes et d’autres moins excitantes. Mais j’ai surtout rencontré des humains vignerons et vigneronnes. Des histoires, des sourires, du temps qui s’écoule différemment et qui prend un tout autre sens. Des parfums de vin, mais des moments de vie. Comme ce vigneron d’origine belge, qui nous attendait dans sa petite exploitation avec ses trois marmots qui jouaient sous la pluie et qui, lorsqu’il a débondé une barrique, sont arrivés presque comme sortis du sol avec leurs verres pour goûter aussi, quelques gouttes hein. Moi qui prône une éducation à l’alcool et pas sa prohibition, j’étais en plein cœur du sujet. Les gamins, dont le plus vieux devait avoir dans les huit ans plus ou moins, goûtaient avec des mines de chat qui trempe la patte dans le pot au lait. Quel bonheur.

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