Sacrée Hildegarde

Puisque vous vous intéressez au monde de la bière, je suis certain que votre culture va au moins jusqu’à cette femme remarquable que le monde entier envie à la Bavière. D’ailleurs je me demande parfois si le nom même de Bavière ne viendrait pas de ce que le reste de la planète a eu la bave aux lèvres en contemplant cette femme extraordinaire.

Oui, je sais, la mode est au féminisme et si je n’y vais pas de mon petit couplet pro femmes, je risque de finir pendu au gibet des réseaux sociaux par quelques viragos au prétexte qu’étant mâle, blanc et vieux de surcroit, je suis forcément un oppresseur. Heureusement pour moi, je ne suis pas chasseur parce que là je me prendrais en plus une ou deux cartouches pour faire bonne mesure. Bref, non, ce n’est pas pour cela que je commence ma chronique en évoquant cette figure tutélaire du monde brassicole.

On sait peu et énormément de choses à propos de cette rebelle au caractère bien trempé. Hildegarde Von Bingen est née le 16 septembre 1098 à Bermersheim et morte le 17 septembre 1179 à Ruppertsberg. Religieuse bénédictine elle est restée dans l’histoire au travers d’une série de principes, de compositions musicales, de conseils de vie pratique, mais aussi, et surtout par des positions politiques importantes. La légende affirme aussi que ce serait elle qui aurait eu l’excellente idée d’ajouter des fleurs de houblon dans la bière, permettant ainsi à la lupuline de faire son travail, mais ce n’est pas à vous que je vais expliquer cela.

A peu près à la même époque, le duché de Normandie était administré aussi par une femme, qui devint Reine : Mathilde. Mais ici, rien à voir avec la bière. Pourquoi évoque-je ces femmes de tête ? parce qu’elles avaient un rôle politique important et qu’elles influaient sur leur époque. Et que mon sujet du jour est : bière et politique. Non, je ne m’en vais pas évoquer la consommation abusive du jus de houblon par certaines et certains politiques, les gazettes de seconde zone se chargent de la délation régulière de ces accidents de la vie. Non, c’est plutôt du lobby brassicole dont il serait question. Oui, il existe. C’est évident.

La bière en Belgique représente plus ou moins 50000 emplois directs et indirects, ce n’est pas négligeable. Au niveau européen, je n’ai pas encore fini de calculer, mais c’est vertigineux. Il est donc important d’avoir un contact direct et régulier avec les preneurs de décision. C’est aussi grâce à ce genre de contacts, que des initiatives aussi intelligentes et efficaces que Bob prennent vie, existent et changent les mentalités en profondeur. Un lobby n’est pas forcément toujours un truc négatif, il n’influence pas toujours de manière scandaleuse la politique. D’ailleurs, une des caractéristiques traditionnelles de la politique belge, jusqu’il y a peu, était la consensus, la négociation en bon père de famille pour faire avancer les choses. Oui, parce qu’il s’agit d’avancer. Certes le lobby anti-alcool, parce qu’il en existe un aussi, voit rouge tant qu’il n’y a pas d’interdiction formelle et de réglementation drastique de la communication. Alors sortent, d’on ne sais où des chiffres de consommation hallucinants. Chiffres qui sont franchement bidons puisque l’on sait que les consommations transfrontalières sont, par définition, incontrôlables dans l’Europe de Maastricht. Qu’il s’agisse des importations ou des exportations. Nous importons peu de bières par ce biais, mais nos voisins, friands de nos bonnes bières, moins taxées chez nous que chez eux, s’offrent des coffres pleins plus que régulièrement.

Nous procédons de même avec les vins en France, les alcools au Luxembourg et les soft en Allemagne. Et que personne ne vienne me chanter que les unes compensent les autres, si on annonce des chiffres on ne laisse pas une marge flottante. Mais une fois que les journalistes annoncent ces chiffres dans les médias de grande audience, cela devient une vérité absolue. La réflexion est terrassée par la réalité immédiate de la grand messe de 19h ou 19h30 selon sa chapelle.

C’est pour cela que les lobbys sont utiles, pour tenter de faire passer des idées, mais aussi pour aider les élus du peuple, qui le plus souvent n’ont pas la formation requise pour appréhender la complexité d’une situation, a décider. Evidemment, il faut que l’action des lobbys soit encadrée et pas que par des bonnes intentions, on n’est pas au pays des licornes et des bisounours ; il n’est pas forcément nécessaire que des ex-premier ministres d’un certain parti deviennent systématiquement membres du conseil d’administration de l’une ou l’autre grande brasserie ; ça c’est un peu déconner et In Fine, cela dessert la cause des producteurs parce que c’est vraiment difficile à faire comprendre au grand public, d’autant plus lorsque le populisme est au sommet de la vague.

Allez, il est temps de rendre grâce à l’action de Saint Hildegarde, levons nos frères mes verres et à votre santé. Ou un truc du genre.

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