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Aux Armes etc…

Nous entrerons dans la carrière quand nos ainés n’y seront plus, et nous y trouverons leurs poussières et la trace de leurs vertus…

Oui, je sais, je dois impérativement changer de dealer, mais bon, les fêtes, la fatigue, le foie, le manque de foi… tout ça tout ça quoi

Lorsque je me suis attablé il y a quelques jours Aux Armes de Bruxelles, me sont revenus en tête quelques clichés pas encore sépias mais déjà décolorés par l’usure du temps. Très gentiment, la direction m’avait réservé la table 225, la favorite de Jacques Brel, ce qui aide probablement à la culture de la nostalgie, camarade.

A travers le vitrail que la pluie battait comme elle le fait de grain en grain de quelques chevaux blancs qui fredonnent Gaugin, la silhouette de Leon brillait de tout ses néons. L’esprit s’égare vite dans ces cas, là, je pensais au livre de George Moustaki à propos de la Petite Rue des Bouchers, qui évoque une époque que je n’ai pas connue au mitant du XXème siècle. Du temps où Bruxelles brussellait, et où les hordes de touristes ne déferlaient pas encore, guide sous parapluie en tête ; du temps où les cabarets, les lieux interlopes, et quelques restaurants faisaient battre le cœur de la ville et celui des bourgeois qui en sortant de l’Auberge des trois faisans se faisaient un peu charrier par les étudiants.

Je tentais d’imaginer au sein de ce décor qui n’a pas changé d’un iota depuis que je le fréquente, ceux qui se sont assis ici où je suis. J’adore l’idée que les repreneurs aient eu le bon goût de ne rien, absolument rien, même le porte pot de fleurs de faïence polychrome du côté des toilettes est toujours là, changer. Ce n’est pas un musée, loin s’en faut, rien n’est sous globe. Ce n’est pas un musée, mais c’est un classique et on ne change surtout pas un classique parce qu’un jour il sort de la tendance pour devenir autre chose, un marqueur du temps, une pierre blanche dans une vie. Les serveurs en veste blanche, aux épaulettes différentes suivant leurs grades, la carte qui ne varie pratiquement pas mais qui présente des valeurs sûres, des trucs aussi confortables qu’un concerto de Mozart. Les crêpes sont flambées en salle, a coup de Mandarine Napoléon, immuablement depuis pfffffff. Certes la liqueur n’est plus belge depuis belle lurette, mais on s’en fout, puisque le résultat est égal.

Bref, j’ai bien mangé, en entrée une salade tiède de langue d’agneau, en plat un vol au vent et en dessert je n’ai pu échapper à la crêpe. Oui, du classique, ultra classique, sans yuzu, sans jeunes pousses ni légumes oubliés, même pas bio ou local, juste de la cuisine honnête et sans esbrouffe, rassurante comme un bon feu de bois après une ballade dans les fagnes un jour d’automne. Il ne vous reste plus qu’a y aller.

 

Aux Armes de Bruxelles

Rue des Bouchers 13

1000 Bruxelles

Tél. 02 511 55 50

https://auxarmesdebruxelles.com

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Comments
  • van handenhove
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    Et bien, je suis très content de lire ton avis Eric. Pour moi, cet établissement est une institution que je fréquentais déjà tout gosse avec mes grand parents qui étaient commerçants tout près de là, rue de l’Ecuillé…et comme toi, j’ai par après toujours demandé la table « Jacques Brel » quand on y mangeais à deux et toujours dégusté leur Vol au Vent si spécial….j’ai eu beau demandé 1000 fois quelles étaient les ingrédients de cette sauce sans jamais avoir reçu une réponse…Donc, je suis très content d’apprendre que c’est resté authentique….j’y retournerai donc sans appréhension. Bonne année à toi et ceux qui te sont chère. Michel

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