L’été qui s’annonce sera forcément différent de ce que nous connaissons d’habitude. Oui, bien entendu, c’est forcément différent chaque année, mais bon, cette fois c’est vraiment différent.

Cauchemar en bibine

Même s’il advenait qu’un monde d’après vienne à naître, les vins que nous goûtons sont forcément toujours des vins du monde d’avant. C’est logique, au moins dans l’hémisphère nord. Dans l’hémisphère Sud cela pourrait être différent mais, confinement oblige, il n’y a pas encore de vin primeur de cette moitié du monde dans nos linéaires actuellement.

L’été est, par habitude, le moment où l’on boit des vins jeunes, des vins qui éclatent d’arômes fruités, primaires, où l’on ne laisse pas l’occasion aux parfums plus complexes de se développer. Dans la plupart des cas, ils sont en plus consommés dans des conditions pour le moins « légères ». Trop froids, dans des verres pas adaptés, allongés avec des glaçons, parfois même additionnés de sirops sucrés, accompagnants des mets grillés arrosés de sauce très parfumées etc etc. Bref, l’été, c’est un peu la saison de « Cauchemar en Bibine ».

Pour trouver du plaisir

Parce que c’est l’été, nous n’avons plus envie de penser à rien. Nous avons déjà passé notre printemps enfermés à suivre des consignes qui changeaient régulièrement et n’étaient pas toujours d’une clarté facilement compréhensible. Nous avons donc l’envie, le droit même, de ne penser à rien, d’aller au plus simple. Et nous ne nous en privons pas.

Évidemment, cela implique que les vins soient un peu traités n’importe comment. Pour en tirer du plaisir, il faut trouver des boissons qui se présentent directement, franchement. C’est en cela que la différence entre vins d’été et d’hiver est la plus flagrante.

Le rosé se boit dans l’année

Il y a bien des choses agréables et moins simplistes que l’on pourrait croire découvrir dans les vins estivaux. Le rosé est le parent pauvre, par définition, de la période. Les volumes mondiaux sont pourtant en hausse constante, le marché est demandeur. Le rosé est le vin que l’on boit sans se poser de question quoi qu’il arrive ; on peut même y ajouter des glaçons sans passer pour un plouc, c’est tout à fait normal. Le rosé doit être bu dans l’année. Sans me forcer je peux continuer pendant deux pages à accumuler les clichés saisonniers.

Pourtant, il existe des rosés qui méritent que l’on s’y attarde un peu plus que les autres. Certains vieillissent admirablement bien, sont complexes et ne sont pas destinés à être dilués avec des blocs de glace. En fait, il en va des rosés comme des autres vins, ils sont multiples, différents et n’offrent pas encore tous le même profil.

Le marketing est partout

Cette notion de ressemblance entre les produits est ce qui menace le plus clairement le monde du vin. S’il est un univers où la globalisation a fait des ravages depuis longtemps c’est celui de Bacchus. Tant de vins n’ont ni origine, ni accent particulier, ni vices ni vertus et surtout pas d’âme. Ils n’émeuvent jamais le buveur, du moins hors de l’ivresse. Souvent ils sont oubliés avant même d’être urinés, c’est dire à quel point ils ne sont pas capables de laisser un souvenir. D’où qu’ils viennent ils se ressemblent, techniques, cépages, origine, rien n’a d’importance. Ce sont des jus de raisins fermentés et leurs seules différences se situent dans leurs couleurs. Tout le reste, prix, forme de la bouteille, couleur de l’étiquette, ne relèvent que du marketing.

Main dans la main

Le vin n’est pas une boisson comme les autres, mais c’est à nous de poser des choix, d’agir comme des consommateurs et pas des moutons. Les grandes surfaces et les cavistes offrent des possibilités de choix sans limites, dans un éventail de prix à l’avenant. Il y a de quoi être heureux sans se faire mal aux neurones. La sélection que je vous présente cette semaine est loin d’être exhaustive, mais elle tente de ne présenter que des vins qui ont cette petite différence, ce petit supplément d’âme qui fait qu’ils ne seront pas que des boissons oubliées aussitôt ingurgitées.

L’été sera chaud, je nous le souhaite. Et il pourrait être aussi arrosé de jolies bouteilles, je vous le souhaite.

Domaine de Coussan 2019

blanc

100% Chardonnay

Côtes de Thongue, France

CORA  7,89€

16/20

Le chardonnay est un cépage plutôt « bonne fille » qui s’adapte bien à toutes les circonstances. En l’occurrence, dans un climat méditerranéen, celui-ci exprime des notes de miel blanc de printemps, un peu de beurre, de l’acacia. Un pique-nique en famille, un salade de poulet froid, c’est cette bouteille qui doit être au frais dans la glacière.


Grillo Masseira del Feudo 2018

Blanc

100% grillo

Sicile, Italie

LA CAVE DES SOMMELIERS  12,83€

19/20

Un parfum c’est toujours une image. Celle-ci montre un chemin en terre blanche dans les collines et une vieille voiture qui roule en dégageant de la poussière dans un paysage où les verts éclatent, des abricots bien mûrs, un peu de vanille, un rideau pour empêcher les mouches d’entrer. C’est bon comme la nostalgie d’étés anciens. Accompagnez le d’un poulpe grillé, d’une morceau de gigot d’agneau froid et une salade de tomates juste cueillies et vous serez en voyage.


Château Le grand Verdus 2019

blanc

Sauvignon blanc, sémillon

Bordeaux, France

CARREFOUR  7,39€

18/20

Il y a dans nos palais et dans nos vies des points de repères quasiment éternels. C’est un peu le cas de ce vin. Il a bien évolué avec le temps et l’assemblage 70/30 sauvignon/sémillon lui donne une personnalité originale à la fois vivace et ample. C’est à ça que je rêve quand j’imagine un bordeaux blanc aujourd’hui. Bien fait, efficace, pour se rafraîchir ou se faire plaisir il est idéal.

Ô de Craie 2019

Blanc

100% Johanniter

Belgique

COOPÉRATIVE DU VIN DE LIÈGE  En rupture au domaine mais aux environs de 19€ chez les caviste

18/20

Une véritable petite bombe aromatique. Au nez, c’est floral en diable, avec des notes citronnées. En bouche on confirme cette base, et on trouve une structure bâtie autour de la nervosité et de la tension. C’est vif comme un coup de trique. En fin de bouche une petite pointe d’amertume fait le job et empêche le vin de s’écraser. Pour l’apéritif estival ou pour accompagner un fromage de chèvre frais, c’est superbe tout simplement.


Vaugelas Les Falaises 2019

Blanc

Grenache, vermentino, marsane

Languedoc

Bonfils vins et châteaux

COLRUYT  6,65€

16/20

Les parfums des vacances dans la garrigue dans un seul verre de vin, c’est possible. A condition d’ouvrir cette bouteille. Il manque juste le stridulement des cigales et les arômes de l’huile solaire pour que la carte postale soit complète. Pour que le bonheur soit complet ajoutons y quelques crustacés grillés et un peu d’origan. Que demander de plus ?


La Capelude

Blanc

Viognier, grenache

France

ALDI  4,29€

16/20

Voilà un joli blanc à la fois floral et bien structuré. Le viognier lui confère des touches de violette, assez subtiles. Le grenache apporte la matière, le corps, avec des notes de pêche blanche, un peu d’ananas, et une pointe de gras. C’est un vin assez surprenant en fait. Il raconte bien plus de choses que ce que l’on pourrait croire à première vue. Quelques sardines grillées, une pelouse, des rires et c’est parfait.

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